Le plus beau métier du monde
Vingt-sept paires d’yeux braquées sur moi. “Vous avez des sources un peu comme Huggy-les-bons-tuyaux dans Starsky et Hutch ? Des sources un peu mafieuses ? Et les gens qui vous donnent des informations, ils vous demandent pas de les payer en échange ? Et si vous avez une info sur quelqu’un, vous pouvez lui demander de l’argent pour pas la sortir ?”
En ce moment, c’est la semaine de la presse à l’école. Je suis intervenue devant une classe de seconde d’un lycée du XIIIe arrondissement. Deux heures debout à causer de mon métier : j’en suis sortie plus fatiguée que d’un jogging, la voix cassée en bonus.
Tous ne savaient pas ce qu’est Hadopi. Ils connaissaient quelques noms de ministres. Ils ont bien rigolé avec Nadine Morano et GTA IV. A ma grande surprise, peu de vocations : “De toute façon c’est un peu bouché, non ?”, a dit l’un d’eux.
Comment fonctionne la pression des annonceurs ? Comment on recoupe ses sources ? Pourquoi les politiques et les journalistes sont-ils si proches ? C’est quoi l’AFP ? Un peu comme si j’extrayais la sève de deux années d’arrêt sur images pour la livrer à ces jeunes, plutôt sympathiques et même, presque attentifs (mon charisme légendaire, sans doute, ou alors le fait que je sois toujours habillée comme je l’étais au lycée ?).
“J’ai l’impression que pour être journaliste, faut être très vertueux, non ?”, m’a demandé un garçon aux cheveux blonds et bouclés, alors que j’expliquais qu’il faut aussi réfléchir à l’intérêt qu’a une source à nous donner une information. Oui, je lui ai dit, pour être un bon journaliste, je crois qu’il faut être vertueux. “Ah bah c’est pas pour moi alors”, qu’il a répondu.
Ils avaient l’air plutôt contents de leurs deux heures. “Mais ça manque de mafia, tout ça”, a quand même conclu M. Huggy-les-bons-tuyaux.
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